Vous avez dit professionnalisme ?

Professionnalisme ? quel drôle de mot :
Oui, un mot un peu désuet, qui ferait pâle figure au panthéon des mots, si on le mettait en compétition avec “challenge” ou “GPEC” ou “développement durable” ….
Il a été remplacé par le très tendance ” compétence” , cet ingrédient de la cuisine RH qu’on nous sert à tous les plats et qui est devenu le sésame de toute action RH

Et pourtant ce mot, devenu désuet, est la clé de l’excellence dont on fait bouchée double dans les colloques d’entreprise
Car si le compétent sait faire, le professionnel, lui, s’engage à faire.
La différence est de taille. Elle sépare le travail ” exécuté” du travail” bien fait” ou plutôt du travail fait comme il devrait l’être .
Les “Anciens” parlaient sans cesse aux gens de ma génération de ” conscience professionnelle”
Ils ponctuaient souvent leurs reproches d’un “c’est une question de conscience professionnelle”
Et on savait bien ce que ça voulait dire . ça voulait dire : tu n’as pas mis tout le soin qu’il faut à ton ouvrage , tu n’y as pas mis assez de coeur.
Car, bizarrement, ce n’est pas souvent la compétence qui manque à l’ouvrage, pour qu’il soit fini comme il doit l’être : c’est le coeur. C’est à dire l’idée que je me fais d’un travail bien fait, c’est à dire l’obligation que je m’impose de ne pas quitter ou cesser mon travail avant qu’il soit terminé comme il doit l’être.

Le problème du travail fait à peu près, cancer de beaucoup trop de réalisations et services d’aujourd’hui, est une question d’éducation bien plus que de compétence.
Les parents , les vieux maîtres et les patrons de l’époque éduquaient au devoir du travail bien fait .
et ça se payait souvent d’ exigences qui paraîtraient insupportables aujourd’hui : recevoir des reproches, avoir à recommencer son travail, ne pas pouvoir quitter son travail avant que le travail soit terminé , sans parler des ” coups de pied aux fesses” et autres joyeusetés …
Si ce temps est révolu, et heureusement, pour les brimades, celui de l’exigence ne l’est pas.

Les champions sportifs qu’on admire sont d’abord des forçats !
Et les grands cuisiniers célèbres ont subi de longues années les sévères consignes du chef de cuisine
Au delà de l’exigence, trois conditions sont à réunir pour que le professionnalisme redevienne la norme : des salariés éduqués au devoir du travail bien fait , des responsables ou managers passionnés, conscients de leur rôle formateur et acquis à l’idée que le rôle du ” chef” est d’abord de ” permettre de faire” en libérant les initiatives , une organisation facilitante et responsabilisante .
Au lieu de celà, on a des salariés instruits, des responsables stressés, inquiets à l’idée de déplacer la moindre feuille sans autorisation, des organisations bureaucratisées et centralisées, castratrices du moindre espace indispensable à l’existence de l’homme créateur.
Notre balance commerciale déficitaire ne tient pas seulement à des causes structurelles : faiblesse de nos PME et déficit de produits manufacturés

Les déboires de certains de nos constructeurs automobile en matière de fiabilité sont à analyser parallèlement à l’énorme effort fourni par eux pour créer et faire vivre un système qualité normatif.

La qualité doit exister d’abord dans la tête des salariés ( la conscience du travail bien fait ) et pas seulement dans des centaines de procédures affichées partout.
Les deux sont complémentaires .
L’excellence française ne doit pas se cantonner à ses seuls produits de luxe.
Ayant pris conscience de ce phénomène de ” l’ a peu près” , il importe pour les entreprises de ” socialiser” leurs nouveaux salariés, c’est à dire de les “vacciner ” à la notion du travail bien fait, dans les toutes premières semaines ( c’est souvent le rôle des universités d’entreprise ) de faire du vocable ” professionnel” un titre qui se mérite, qu’on est fier de porter et qui vaut son argent
en terme de qualification et rémunération.
Quand les salariés pourront dire avec autant de fierté : ” je suis un professionnel” au lieu de dire ” je suis cadre” , ce sera le signe que les modèles culturels de la société française auront changé !

L’action du DRH

Le management du professionnalisme n’est pas à la mode
Ce doit pourtant être une de vos ardentes obligations !
L’un de vos soucis constants doit consister à élever le niveau de professionnalisme des salariés de l’entreprise
C’est une oeuvre importante qui suppose la mise en oeuvre de nombreux leviers
Vous en saurez plus si vous vous reportez à notre livre ” le Malnagement” ( Lulu.com, livres , rubrique entreprise et économie/ gestion, sous rubrique management )

Laisser un commentaire