Violence et efficacité
De toutes les entreprises où j’ai travaillé, je me suis souvent demandé pourquoi la plus exigente , la plus dure , la moins sociale au sens qu’on lui donne en France, était, de loin, la plus performante ?
Y répondre, était poser le lien entre violence de l’organisation et efficacité économique
De ces réflexions , de mes comparaisons avec d’autres organisations, j’ai tiré les leçons suivantes:
La première leçon est qu’il n’est pas de performance sans exigence forte et que cette exigence doit être portée par une organisation parfaite
Une organisation parfaite est une organisation qui :
Sait traiter ses salariés aussi bien que ses clients
c’est à dire les accueillir, les intégrer, les former , les rémunérer comme il convient et leur offrir les perspectives de carrière qu’ils méritent ( et pas uniquement celles qu’ils demandent )
Sait aussi, on l’oublie souvent, leur ménager des conditions de travail et de sécurité « impeccables »
Ose avec eux la transparence
Ose reconnaître ses erreurs et ses imperfections
Leur met à disposition les meilleurs chefs
Ose leur dire ce qui trouble les choix qu’elle doit faire, par exemple entre délocalisation et respect de ses salariés
Ose dire « Non » à leurs représentants en leur expliquant les vrais raisons de son « Non » quand la démagogie les incite souvent à dire « Oui », donnant du même coup un vrai poids à ses « futurs Oui »
Permet l’erreur et pardonne : Une fois
Ce n’est qu’en retour de cette excellence de l’organisation que les salariés seront incités à se montrer à la hauteur de l’exigence qu’on leur impose
La deuxième leçon est que cette exigence ne peut être que consentie
Car cette exigence imposée aux salariés est une vraie violence : toujours faire bien , tout le temps, tout de suite, avec le sourire, avec les autres !
Les légionnaires comme les sportifs de haut niveau subissent des violences inouies de la part de leur chef ou de leur entraîneur
Mais ils y consentent parce qu’ils savent que c’est la seule voie de l’excellence et de la victoire
Comme les étudiants qui préparent les concours des grandes écoles
Comme les Compagnons du Tour de France
Comme certains apprentis de grands restaurants
Mais pourquoi cette violence là n’est elle réservée qu’à certaines entreprises ou à certaines personnes ? à une élite ?
Car le vrai problème de nombre d’entreprises françaises, c’est qu’elles ne disposent plus d’organisations capables d’exiger l’excellence car elles mêmes sont médiocres
Seraient elles exigeantes que leurs salariés ne sont plus prêts à accepter les efforts et les sacrifices qui vont avec.
Notre système d’éducation a enlevé depuis longtemps l’effort, le sacrifice, le sens du devoir, l’exigence du travail bien fait, de ses programmes
Conséquence lourde : la France économique et sociale n’est plus en état de se battre dans de bonnes conditions dans l’énorme champ de bataille qu’est devenu le monde de l’économie globalisée et que personne ne le leur dit !
Qui osera un jour dire aux français que s’ils continuent à refuser la violence des efforts à produire pour rester compétitifs, ils vont descendre d’une division et quitter le club des pays qui ont un avenir.
Mais, pour que cette violence soit acceptée par les français et les salariés, il faut qu’ils se rendent compte qu’on ne leur demande pas de se battre pour une minorité de privilégiés, mais pour eux et leurs enfants
Ceci suppose qu’on commence par faire d’énormes efforts de réduction des inégalités à tous niveaux, y compris entre salariés, en France.
La vraie réforme consisterait à redonner aux français l’envie de se battre en les convainquant que c’est à eux que cette violence dans l’effort profitera, au moins autant qu’aux actionnaires, ou à l’Etat et à ses collectivités territoriales gourmandes d’impôts !
Ceci suppose que la bataille pour la vie, « struggle for life », devienne une valeur incontournable qui s’impose de manière évidente à tous dès la crèche.
Et qu’on laisse un peu de côté les incessantes jérémiades de toute nature qui sont en train de faire de la France :
« UN PAYS MOU »
L’action du DRH
La première chose consiste à être convaincu qu’il n’y a pas de performance sans exigence
La seconde chose est de savoir que la plus forte des contraintes est celle que s’imposent les individus à eux mêmes
Construire une organisation dont l’exigence est portée par ses membres est un idéal qui passe par l’embarquement de tous les salariés dans le projet de l’entreprise
Ce projet ne peut être une chose abstraite et lointaine, ni même une réalisation exceptionnelle ou une place de N°1
C’est une manière de vivre une relation particulière avec son entreprise, au niveau d’un service ou d’un atelier
vous l’avez compris , ce projet n’est pas une réalisation, c’est un état d’esprit
Le jour où chaque service , chaque atelier se dépasse dans la réalisation de ” son” projet de service ou d’atelier, signifie que Le besoin d’ exigence de l’entreprise a rejoint le besoin d’épanouissement de ses salariés.