Le plaisir au travail
Certes , l’origine latine du mot travail « tripallium » qui l’assimile à un instrument de contention, , ne nous incite pas naturellement à le considérer comme une fête !
Certes nous n’avons pas tous oublié que la Bible nous demande de « gagner notre pain à la sueur de notre front » .
Mais faut il considérer pour autant que le lieu où mous passons encore beaucoup de temps , même s’il diminue , doive être par force un lieu triste ?
Or l’impression qui se dégage des hall d’accueil , des bureaux et des ateliers , lorsqu’on les traverse , ne prête pas à la franche gaieté !
Pour un sourire ou un comportement apparemment léger , que de contractions !
La fantaisie affichée n’est certainement pas la bonne allure à adopter pour donner le sentiment à nos patrons qu’on travaille sérieusement .
Avoir l’air afféré et la mine crispée sont encore couramment considérés comme des gages de sérieux !
Donc travailler serait une affaire sérieuse !
Vraiment ?
Je prétends tout au contraire que c’est le sérieux qui nuit à la productivité !
Un dicton populaire ne nous glisse t il pas dans l’oreille que « où il y a de la gêne , il n’y a pas de plaisir » ! Rien n’est plus vrai , au travail , comme ailleurs .
En tout cas , pour les latins que nous sommes !
Les Allemands , les japonais , semble t il , ne souffrent pas outre mesure d’afficher un air sérieux pour une efficacité garantie
Mais justement , nous n’en sommes pas !
Plutôt expansifs , artistes de tempérament , adeptes de de Funès et de Coluche , fanas des gaudrioles des nuls ou des guignols de canal + , le rire est le propre des français .
C’est pourquoi je prétends que le rire contrarié des salariés français s’avère contre productif.
Expliquons nous . Il ne s’agit pas bien sûr de transformer nos espaces de travail en festival off d’Avignon !
Mais faire circuler dans l’entreprise un « je ne sais quoi dans l’air » qui respirerait le plaisir d’être ensemble , de faire des choses ensemble , de se retrouver le matin , de transpirer ensemble , est à notre avis , la meilleure des antidotes à un travail qui , quoi qu’on dise , est loin d’avoir perdu son caractère routinier et contraignant .
S’amuser sérieusement était l’un des mots préférés de mon père et il avait bien raison .
Or , notre époque nous offre une occasion inespérée de travailler en s’amusant .
Le travail manuel dur et pénible des « emplois de labeur » est en voie de disparition dans les pays développés .
Et paradoxalement , je ne suis pas sûr que nos grand pères soumis à ces travaux durs et pénibles , ne se réservaient pas , plus et mieux que nous , des moments de franche rigolade ?
Ces occasions étaient sans doute pour eux un exutoire indispensable à la dureté de leur condition .
Est ce à dire que nous n’en aurions plus besoin ?
Que nenni !
La bureaucratie énervante , le stess du juste à temps , la religion du client Roi , la dictature des cours de bourse et des résultats trimestriels , l’impudence des technocrates et des diplômés , le supplice chinois des rappels de l’administration , la mise sous tension des objectifs à atteindre , la compétition interne , la course aux performances , la concurrence des pays asiatiques , la crainte des fusions et restructurations , le harcèlement réel ou supposé , l’insupportable obligation de parler au moins l’anglais , le crépitage des messageries , l’insolence des portables qui nous tiennent en laisse , nous entraînent dans un monde qui nous donne le tournis .
Et ce ne sont pas les jours gagnés par l’ARTT qui suffisent à nous libérer de cette nouvelle ivresse qui s’est emparée du monde du travail .
Jours de congés , cures de sophrologie , de psychothérapie , voyages express de 3 jours , séances de transpiration , soignent imparfaitement le mal quand il faudrait s’attaquer aux causes .
La première partie de la cure que nous préconisons consiste à échapper à la dictature du temps et de l’instant .
Il importe d’abord de se persuader que l’urgence qu’on nous invoque sans cesse mérite examen .
Il est faux que tout soit urgent .
Les choses importantes sont rarement urgentes !
Résistez toujours à ceux qui vous invoquent l’urgence …
Combien de fois l’urgence à remettre un dossier qu’on m’avait invoquée a t elle été suivie de la découverte que le dossier urgent sommeillait tranquillement sur le bureau du commanditaire quelques semaines après …
Quant aux autres urgences, elles sont souvent le résultat d’une mauvaise organisation de l’entreprise ou d’une mauvaise gestion de nos priorités .
Car , dans l’absolu , il n’y a pas de problème de temps . Il y a simplement qu’on a choisi de faire une chose à la place d’une autre , et , hélas , souvent , que nous nous sommes trompés d’ordre .
Il faut donc apprendre à perdre du temps , pour considérer ce sur quoi nous allons travailler en premier , avant de crier qu’on a pas le temps !
Et ce sur quoi nous devons travailler en premier quand on est Dirigeant ou cadre , ce n’est jamais le détail .
La capacité de l’élite de l’entreprise à s’occuper d’affaires de détail m’a toujours effaré !
C’est notre faute , dans l’insistance que nous mettons à décrire le bon chef comme quelqu’un : « qui voit tout , sait tout et à qui rien n’ échappe ! »
S’il voit tout , il ne doit pas rester beaucoup de place dans sa tête pour l’essentiel et le stratégique !
Le cerveau qui ahane sur les chemins vicinaux peine à retrouver les autoroutes
La capacité de nombreux cadres français à se mêler de tout est une autre caractéristique très chronophage et porteuse d’inefficacité
Car la spécialisation poussée est presque toujours, sauf à certains postes , un gage d’efficacité supérieure !
Ensuite , il faut remettre à leur place tous ces amis électroniques , qui sont souvent autant de chaînes , qu’au nom d’un progrès mal domestiqué , on s’est mis à la patte
Il est temps d’apprendre à ces machines qui est leur maître , au lieu de s’en faire les esclaves dociles .
Les portables sont les nouveaux tyrans de l’instant et des malotrus qui vous incitent sans cesse à l’impolitesse .
Les messageries vous incitent à répondre trop vite quand il faudrait prendre le temps de la réflexion
Echapper au stress , c’est retrouver du souffle , de la respiration , du temps pour sourire ou parler deux minutes à son voisin de bureau ou d’atelier , à l’un de ses salariés
C’est aussi savoir retrouver le temps d’une bonne blague autour de la machine à café .
Non , ce n’est pas du temps perdu !
Le temps de la convivialité partagée est toujours du temps utile , même court .
C’est ce temps là , apparemment perdu , qui fera que dans l’heure qui suit , mon collègue me dira ou me donnera l’information qui me manque et que je n’aurais jamais pensé à lui demander , ou bien qu’il ne m’aurait pas donnée …
C’est ce temps là qui , au hasard du vagabondage de mon esprit , me fera reprendre mon travail sous un angle plus astucieux …
Les organisations hyper rationnelles ont oublié que les salariés sont d’abord des épidermes chargés d’émotions qui se côtoient à longueur de journée et déjouent , comme à plaisir , leurs meilleurs plans !
La faiblesse des entreprises latines est une conception extensive du temps, qui leur en fait perdre beaucoup , leur force est que ce temps perdu ménage des moments de convivialité préservant une certaine qualité de vie sociale quand leurs consoeurs anglo saxonnes isolent parfois les salariés les uns des autres , au nom d’un productivisme sans faille !
L’homme seul capable de faire flotter dans l’air ce climat aussi léger que fertile ne peut être que le Patron de l’entreprise .
Et on ne dira jamais assez que la clé de voute de tout système managérial , le premier violon qui donne le « la » à tout l’orchestre , c’est lui !
Vous aurez beau dépenser une énergie énorme pour tenter de mettre en place un beau système managérial tout neuf , si ce système contredit les convictions profondes du Dirigeant sur la conception qu’il se fait de la relation humaine et de l’action dans son entreprise , la greffe ne prendra jamais .
A l’inverse , un nouveau Dirigeant , contrairement à ce que l’on voit souvent écrit , est tout à fait en mesure d’implanter dans des délais assez rapides un mode managérial étranger à la culture de l’entreprise .
Tout simplement parce qu’il incarne le pouvoir et la légitimité et aussi parce que les oppositions éventuelles se dispersent comme des vapeurs d’essence , à l’idée de le contrarier et d’en souffrir les conséquences .
Ainsi donc , le climatologue , c’est lui !
Par son comportement , son style , sa manière de s’habiller , de parler ou d’aboyer les ordres , de sourire ou non , de décider de tout ou de déléguer tout ce qui ne relève pas de son niveau , il saura très rapidement , par osmose , faire planer sur toute l’entreprise , un climat lourd , chargé d’électricité , ou une brise légère , porteuse de vents favorables .
Quelques bonnes pratiques sont indispensables à ce patron climatologue
En voici quelques unes :
Réunir une fois par an en une convention annuelle , tout le personnel de l’entreprise , me semble être une mesure susceptible de rassembler de manière efficace , de faire partager ses soucis , de remercier , d’encourager , de réveiller les solidarités , d’encourager à puiser des énergies nouvelles , de rappeler le cap suivi , et surtout de communier dans les mêmes émotions
Veiller à entretenir une communication transparente , très éloignée de la presse du cœur qu’on nous sert généralement , est une autre manière de prôner des valeurs de vérité et de franchise .
Savoir se faire moquer de soi dans le journal d’entreprise , s’y faire carricaturer , est une hygiène indispensable pour éviter aux Dirigeants de se prendre la « grosse tête »
Exiger qu’aucun membre de l’encadrement en charge d’une équipe ne démarre une semaine sans la réunir , ne serait ce qu’une heure , pour faire le point , me paraît une mesure aussi simple qu’efficace pour éliminer les reproches constants faits à l’entreprise par ses salariés d’être tenus dans l’ignorance . Le faire de manière souriante et décontractée est un fort bon placement !
Attacher un soin particulier aux gens qui triment sur le terrain en les rencontrant sur place régulièrement est également une pratique incontournable
Les aborder de manière simple et souriante en pratiquant un peu d’humour est d’une efficacité redoutable !
En effet , qui mieux que les gens de terrain savent réellement « ce qui cloche » ?
Ils le savent mais n’en disent rien !
Outre le symbole de considération qu’elle représente , elle fera gagner beaucoup de temps .
Par défaut , on paiera de coûteuses missions d’études ou des audits , qui concluront , en moins bien , ce que les acteurs de terrain et l’encadrement de proximité savent déjà depuis longtemps !
Je me rappelle de cet Organisme qui dépensait chaque année des sommes folles en enquêtes de satisfaction auprès de ses clients dont le seul intérêt était de réaliser des camemberts de couleur , car tous les cadres et tous les salariés de l’entreprise savaient que les chiffres ne reflétaient pas la réalité du terrain mais servaient de cache sexe à l’impuissance managériale des Dirigeants face aux membres du Conseil d’Administration
La fête est une vraie thérapeutique d’entreprise
Réunir la communauté entreprise lors d’une manifestation ludique , n’est jamais de l’argent perdu .
C’est au contraire de l’argent bien placé qui rayonnera pendant des mois sur le climat de l’entreprise .
Mais tout n’est pas triste et noir dans les entreprises .
Il nous a été donné d’assister à quelques bacchanales modestes mais si rafraîchissantes :
- Fêter les catherinettes ,
- Organiser un tournoi de football inter services , un marathon – relais , une soirée années 60 , dans une vieille ferme
- Composer des troupes de théatre et les faire se produire au cours d’une convention
- Finir une journée de séminaire par un feu de camp sur la plage
- Remettre des oscars à des agents de proximité pour l’excellence de leurs travaux quotidiens , leur sens du service , leur meilleures idées d’économie ou même l’identification du plus gros gaspillage repéré ….
- Instituer l’usage du pot de service du vendredi soir etc ….
- Faire se produire un orchestre symphonique dans la cour de l’usine
Bref tout ou presque tout est souhaitable pour conserver l’enthousiasme de l’entreprise en phase pionnière .
Car , à l’exemple du savoir vieillir des vieux couples , le plaisir de vivre ensemble a besoin en permanence de recevoir une vigueur nouvelle
Ne vous méprenez pas, les réserves de fête qui sommeillent dans la tête de vos salariés sont innombrables ….
Il suffit de leur donner l’envie de les partager avec vous ! . Et la meilleure manière est de les faire participer en d’en confier l’organisation à des experts internes réputés pour leur sens de la fête , et vous en avez forcément ….
La fête couplée à un évènementiel d’entreprise est le meilleur des remèdes pour redonner du tonus à une entreprise .
Et le budget , même modeste , n’est pas , et de loin , un véritable écueil !
Alors qu’ attendez vous ?
Car même si le Patron n’est pas un bon climatologue , il vous est toujours possible , dans le service dont vous avez la charge , de faire souffler cette petite brise qui enchantera vos salariés tout en vous ménageant de bons résultat ….
L’action du DRH
Le comportement du DRH joue un rôle de premier plan dans l’image que les candidats et les salariés se font de l’entreprise
De votre comportement dépend que flotte ou non un climat souriant et un peu plus léger , non seulement à l’intérieur de la DRH, mais aussi dans vos relations avec les IRP, mais encore dans les réuniuons du comité de direction
Le sourire et la décontraction sont contagieux
Essayez d’emmener sur ce chemin votre DG et les managers de l’entreprise
Les nouvelles générations de salariés fonctionneront de plus en, plus au plaisir de faire et de moins en moins au devoir de faire