Ethique et management : encore beaucoup d’efforts ….
La récente affaire des stock options d’EADS, vendus avant leur forte baisse par certains dirigeants et plus de 1000 cadres supérieurs, si elle était confirmée comme frauduleuse par la commission d’enquête, rappellerait à tous que la vertu est la compagne obligatoire de tout manager qui se respecte.
Et je plains beaucoup le négociateur qui va devoir expliquer aux interlocuteurs syndicaux d’ Airbus que le plan d’économies POWER 8 est incontournable, même s’il l’est !
Cette affaire nous rappelle que la conduite du manager est indissociable de sa crédibilité
Tous les managers qui s’augmentent fortement ou sont augmentés, changent souvent de voiture, dînent et voyagent de manière somptuaire, doivent savoir que tous les discours de rigueur salariale qu’il pourraient avoir à tenir au même moment à leurs personnels , tomberont à plat et ne feront que renforcer le vieil antagonisme que les salariés français nourrissent depuis trop longtemps envers leurs patrons.
Le récent combat syndical pour le maintien des régimes spéciaux de retraite n’a pas rencontré d’écho favorable dans le pays parce que tout le monde sait plus ou moins ce qu’est une situation juste ou injuste.
Souvent déguisés derrière la sauvegarde l’intérêt général, des usagers, des justiciables …les privilèges corporatistes sont vouées à disparaître les uns après les autres.
Plus la situation de la majorité sera difficile économiquement, plus les petits avantages maintenus par certains apparaîtront comme odieux !
Le sacrifice ne s’accepte que partagé.
Et le vrai courage, c’est de faire d’abord ce qui est juste, bien avant ce qui est légal.
” Profit de l’un est dommage pour l’autre” disait Montaigne. Ce qui signifie en clair que celui qui prend plus que sa part, prend la part de l’autre…
C’est vrai pour le commerçant, le distributeur comme pour le chef d’entreprise et même certains syndicalistes, quand ils se font les défenseurs de privilèges indus. Toutes proportions gardées bien entendu. Cette règle s’impose aux managers comme aux responsables politiques.
Et la liste est encore longue, en France, de toutes ces niches qui n’ont plus aucune raison de persister.
En entreprise, les traditionnelles distinctions entre cadres et non cadres s’estompent peu à peu en terme de statut. Et il serait dommage qu’on ressuscite de nouvelles frontières sous couvert d’avantages nouveaux. Déjà, les analyses font ressortir une nette coupure entre les comités de direction et le reste du personnel . Mais c’est là aussi que se trouvent les nouveaux avantages …
Le salaire fixe retrouve une vigueur nouvelle après la vogue du variable, petite contrepartie ?
Mais plutôt que de laminer tout le monde, on pourrait aussi songer à enrichir tout le monde.
En France, on ne s’interroge sans doute pas assez sur le fait que 40% des salariés américains sont aussi actionnaires ….
Et ce n’est ni la participation ni l’intéressement qui sont en mesure de donner aux salariés les réflexes de l’actionnaire.
Les pilotes d’AIr France, nouveaux actionnaires, ne sont ,bizarrement, que rarement voire plus jamais grévistes….
La grève reste l’arme des salariés non actionnaires ; des salariés français peu concernés, finalement, par le sort économique de leur entreprise. Surtout si elle est grande.
Alors, cette rupture dont on parle tant en politique, elle est peut être aussi à faire dans l’entreprise
L’ ouverture du capital des entreprises à l’actionnariat salarié, outre l’ évident effet de levier sur la motivation, serait probablement beaucoup plus efficace pour leur pouvoir d’achat que le compliqué montage d’exemption de charge des heures supplémentaires
Les hommes, dit on, sont le premier capital de l’entreprise. Ils aimeraient pouvoir s’en convaincre.
L’action du DRH
La dimension éthique du management et le rôle du DRH en la matière sont abordés sans plusieurs de nos articles
Pour rappel, votre rôle est , même si c’est pompeux, d’incarner la conscience de l’entreprise
Les occasions ne manquen pas dans ce métier de dire : “Monsieur, ce que vous demandez est économiquement compréhensible mais éthiquement condamnable !”
Vous n’aurez sans doute pas gain de cause à chaque fois, mais vous aurez contribué à élever un peu le niveau de conscience éthique de l’entreprise
A l’heure où on parle de responsabilité sociale de l’entreprise vis à vis de son environnement ( RSE ) , il faudrait peut être commencer à s’interroger sur la responsabilité éthique de l’entreprise vis à vis de ses salariés