Du bon usage des primes

Ce jour, 28 Aôut 2008, le ministre de l’Education, Monsieur Darcos, vient d’annoncer la création d’une prime d’installation pour les nouveaux enseignants ainsi que la mise en place d’autres primes.

En gestion des ressources humaines, une prime est une somme versée à un salarié, distincte de son salaire habituel. Elle présente donc un caractère relativement exceptionnel, même si sa périodicité peut être annuelle. Elle vient donc en supplément du salaire habituel et a souvent pour objet de récompenser le salarié pour avoir accompli une performance jugée satisfaisante (prime au mérite, prime de présentéisme) ou pour compenser une difficulté particulière des fonctions dévolues à ce salarié (prime de risque ou prime de sujétions particulières).
Elle peut aussi constituer simplement une rémunération exceptionnelle , prime de fin d’année ou treizième mois. ( Wikipedia )

Si je juge cette création en fonction des critères qui sont ceux généralement retenus dans une entreprise privée, et qui figurent ci dessus, cette prime vient sanctionner une performance ou une difficulté exceptionnelle auxquelles vont être exposés les nouveaux enseignants.
Mais cette prime est une prime d’installation
L’installation serait donc le fait générateur de la prime.
En cette circonstance, La question que doit se poser le DRH consiste à savoir si , face à une demande de prime, l’objet de la demande est fondé , puis, si la prime est la réponse adéquate ?

Savoir si la demande est fondée consiste ici à se demander si l’installation des nouveaux enseignants donne lieu à difficulté ou performance particulière .
Il ne nous semble pas, sauf si l’on considère qu’il faille compenser les frais occasionnés par le déménagement et l’aménagement du logement
Une telle prime existe d’ailleurs, pour cet objet, dans le privé.
La deuxième question à se poser consiste à savoir si la prime est la bonne réponse salariale.
En l’occurence, s’il s’agit d’une dépense ponctuelle, la prime est la réponse adaptée.
Par contre, un effet de substitution n’est pas à exclure : Parfois, en effet, les DRH et leur direction , faute de volonté ou de marge de manoeuvre en matière de salaire, acccordent une prime, comme lot de consolation.

Cet exemple nous donne l’occasion d’aborder les attitudes du DRH, face aux primes et qui consiste à savoir les utiliser à bon escient.
Les primes existent par centaines, dans le privé et dans certains statuts de la fonction publique.
J’ai toujours noté qu’il était très facile et très commode de les créer. Au moins dans le privé :
- pour sortir d’une grève, en échappant à la répétitivité des augmentations de salaire et aux effets induits de leur inclusion dans l’assiette
- Pour s’éviter de trop coûteuses améliorations des conditions de travail , ou à titre de compensation, parce que l’on ne peut les améliorer.
- Pour remercier un salarié dont le salaire est déjà au maxi de sa catégorie
- Pour remercier l’effort exceptionnel d’une équipe
- Pour compenser une dépense ou une performance individuelle ponctuelles

Mais attention, souvent, sitôt la prime crée, les ennuis commencent : en effet, comment éviter la tentation permanente donnée à ses bénéficiaires potentiels de se la faire attribuer, même quand ses conditions ne sont plus réunies ?
Les commerciaux savent tous comment arrondir leur rémunération , en jouant sur leurs notes de frais ou sur toute autre prime ou indemnité.
Dans le secteur public, la prime est souvent devenue un droit intangible que personne ne s’avise de contester, même quand ses conditions d’attribution ont disparu depuis longtemps.
Le motif qu’elle ne compte pas pour la retraite fait taire les éventuelles réticences.

C’est bien ça le problème avec les primes : une fois crées, passées quelques années, plus personne ne sait vraiment pourquoi elles ont été crées et on laisse dériver considérablement l’objet qui avait légitimé leur création.

Autre conséquence grave, notamment dans le secteur public, les primes ou indemnités diverses faussent complètement la hiérarchie des rémunérations , qui devrait être fondée sur la qualification et la performance, comme chacun sait, beaucoup plus que sur les ” circonstances” de tenue de l’emploi.

L’action du DRH
Veillez à toujours rappeler le fondement de la prime, l’esprit ou le sens qui a présidé à sa création.
La plupart des abus naissent du non respect de ce qui a ” causé” l’attribution de la prime.
C’est une position forte que vous pouvez et devez tenir.
Demandez à l’encadrement , souvent ” arrangeant”, en ces circonstances, d’être responsable du paiement des primes, en exigeant sa signature au bas de l’imprimé d’attribution.

Laisser un commentaire