Catalogue des petites vertus managériales

Après avoir tourné et retourné mes pensées dans tous les sens, j’en suis arrivé à la double conclusion suivante :
La première est que l’acte de management commence chez l’actionnaire ou le propriétaire de l’entreprise et se termine chez le salarié
Tout le monde est lié !
La seconde est que c’est le manque de sagesse partagé par tous les co auteurs de l’acte de management qui rend finalement les choses difficiles
Si les gens de l’entreprise ne se rendent pas à la sagesse c’est qu’ils s’adonnent à d’autres choses.

L’intérêt
Pas d’intérêt , pas d’action , ne se contente pas d’être un principe supérieur du droit français . L’intérêt est à l’origine de la plupart des actions humaines .
C’est un lieu commun me direz vous .
Certes, mais il mérite d’être regardé d’un peu plus près .
On a tendance à considérer généralement que seul joue l’intérêt financier des actionnaires et celui des Dirigeants et que l’appât du gain serait en même temps la cause du succès du capitalisme et sa turpitude .
Or l’intérêt dépasse largement ce petit cercle d’individus où on le cantonne généralement et sa seule nature financière .
En réalité , entreprise privée, publique ou association , salarié ou patron , syndiqué ou non syndiqué , petit ou gros salaire , chacun travaille consciencieusement à la préservation et à l’accroissement de ses intérêts !
La recherche de « son » intérêt est le moteur de l’activité humaine et en soi n’est pas condamnable s’il consiste à améliorer son sort et celui de sa famille .
Là où les choses dérapent , c’est quand la recherche de cet intérêt outrepasse ce qu’une certaine idée de l’équité considère comme votre dû et prend sur la part des autres !
La Tora , dans sa grande sagesse , avait prévu un taux de marge considéré comme équitable .
On en sourit aujourd’hui . Et pourtant !

A chaque fois qu’un individu ou un groupe , par ruse , contrainte ou habileté , prélève aux autres plus que sa part , il est coupable du crime de voler la part de richesse qui devrait revenir à un autre !
En même temps , cet individu ou ce groupe attente à la qualité managériale globale de l’entreprise .
Je me souviens de Patron , fils de notaire , qui gémissait et se tordait de douleur à chaque fois qu’il devait consentir un centime d’augmentation à son personnel
Il me demanda même un jour conseil pour savoir s’il devait distribuer les 10 francs qui restaient à dépenser sur son enveloppe augmentation , à une ou plusieurs secrétaires ?
Ce grand homme , catholique pratiquant , avait une conception toute personnelle de la générosité …

Des actionnaires , rentiers de profession ou salariés retraités , peu importe , qui laissent le gestionnaire de leur portefeuille d’actions faire pression sur les Dirigeants d’entreprise pour aller systématiquement vers le placement le plus rentable se rendent complices des décisions managériale de restructuration qui en sont presque toujours la conséquence .
Parmi ceux là , certains ont oublié que , salariés , ils dénonçaient en son temps les licenciements dont ils étaient les victimes !
Mais leur intérêt aujourd’hui les place du côté des licencieurs ….
On ne peut considérer forcément, contrairement à ce qu’on entend souvent , qu’ils menacent à long terme l’intérêt de l’entreprise , mais à coup sûr , ils manquent d’une élémentaire solidarité humaine , pour quelques points de rendement en plus .

Quand un Patron , un syndicaliste ou n’importe qui d’autre , use de son pouvoir ou de son influence , pour obtenir l’embauche d’un proche ou un quelconque avantage
Il commet une injustice vis à vis des autres salariés demandeurs d’emploi si cette personne possède un niveau de compétence inférieur à ce que le marché du travail pouvait offrir à salaire équivalent et attente à la qualité managériale globale de l’entreprise .

Quand le DG d’une entreprise publique du logement social , utilise son pouvoir pour consolider les positions électorales du parti au pouvoir qui l’a nommé , en faisant bénéficier certains usagers sélectionnés d’un logement ou d’un emploi , il méprise l’objet social de son institution qui se doit d’être au service de tous les usagers sans considération politique , religieuse ou idéologique .
Indirectement , il consolide ses propres intérêts car on lui saura gré de ses attentions un jour ou l’autre par l’attribution d’un poste convoité ou d’une médaille honorifique .
Ce DG est un mauvais manager .

Quand un syndicaliste , secrétaire du comité d’entreprise ou délégué syndical , use et abuse de sa capacité d’influence ou des protections que lui offre la loi , pour se préserver des conséquences de son incompétence , il commet une injustice vis à vis des salariés compétents et un abus de pouvoir vis à vis des camarades qui l’ont élu .

Quand un cadre prêche la modération des salaires à son personnel et les économies et réussit à bénéficier au même moment d’une forte augmentation , d’une nouvelle voiture de fonction ou de somptueux frais de déplacement , il commet une lourde faute managériale .

Quand un petit patron fait un chantage permanent à la survie de son entreprise pour maintenir ses salariés au SMIC alors que les comptes de l’entreprise lui permettraient de se prélever un bon salaire , de préserver l’avenir de l’entreprise tout en rémunérant mieux ses salariés , il commet une lourde faute managériale .

Quand un syndicat de fonctionnaires , sans se soucier des intérêts des usagers , ni de l’équilibre économique de l’institution , réclame encore et toujours plus alors que les salaires et avantages sont déjà d’un bon niveau , il commet une injustice vis à vis des citoyens qui payent la note . En faisant grève de manière inconsidérée , il porte atteinte à la qualité managériale globale de l’ établissement public .

Intérêt et efficacité
Rien n’est simple assurément !
Car la nature des buts a une incidence forte sur l’efficacité de l’organisation
Les Buts visant à réaliser un profit et non à rendre un service collectif non profitable conduisent à un management beaucoup plus efficace
Pourquoi ?
Parce que les buts des individus ou des groupes , dont l’objectif est la réalisation d’un profit optimal est beaucoup plus générateur d’exigences fortes que tous autres buts , sauf cas exceptionnels de mobilisation humaine.
Là où les hommes n’ont pas un intérêt financier direct à agir , on constate que l’exigence managériale est moins forte et donc la structure qui l’abrite , moins performante
L’exigence managériale moins forte signifie que le personnel pourra ne pas être choisi d’abord pour sa compétence et son professionnalisme , que l’organisation de l’entreprise ne sera pas optimale , que les recherche d’optimisation des coûts seront faibles ou inexistantes , qu’il y aura , pour des raisons diverses , un gaspillage des ressources , que seront opérés des choix de gestion non tournées prioritairement vers l’obtention du meilleur rendement financier

Petite théorie de l’Intérêt

1 – Pas d’intérêt , pas d’action

2 – L’argent est l’intérêt le plus fort , vouloir en gagner est donc le moteur le plus fort de l’action humaine , dans le champ économique .
La recette des entreprises US est : 1 le Profit , 2 , le Profit , 3 le profit .

3 – Si l’initiateur de l’action, motivé par l’argent , prévoit de le partager avec les acteurs de l’action , l’efficacité de l’action en sera multipliée du fait qu’il les rend co acteurs du résultat
Exemple d’une Société coopérative ouvrière de production ( à condition de régler les problèmes de partage du pouvoir )

4 – Si l’appât du gain se pondère de la recherche d’autres objectifs : altruiste , politique , social , idéologique , religieux .. l ‘objectif de profit se transforme en simple objectif économique et le profit ,devenu cible secondaire , en sera minoré .

5 – Le désintérêt total conduisant à l’oubli total de soi ,au nom d’un objectif religieux ou idéologique , peut s’avérer très efficace pour le résultat de l’action , mais nous ne sommes plus dans le champ économique

Exemples de niveaux d’efficacité en fonction de l’importance de la recherche de l’intérêt

Dans une Grosse Association de formation Loi 1901 , rattachée à un syndicat professionnel , Le but poursuivi qui consiste à satisfaire le monde Institutionnel qui gravite autour de l’Association , au moins autant que les clients , entreprises adhérentes de l’Association , génère une efficacité médiocre .

Dans une PME , l’ambition familiale et le désir du gain , le dévouement des salariés , peuvent générer une efficacité importante . Mais celle ci peut être contrecarrée par l’affectivité des comportements , les problèmes d’entente familiale , le niveau de compétence des managers

Dans la grosse entreprise multinationale française , le but poursuivi qui consiste à suivre une stratégie permettant de gagner de l’argent mais aussi de se développer , en essayant parfois de préserver un certain modèle social de management , génère une efficacité de bon niveau .

Dans l’entreprise artisanale ou le petit commerce , la volonté d’enrichissement individuel de l’entrepreneur , très forte , trouve souvent sa limite dans la capacité managériale de l’entrepreneur .

Dans la multinationale US , la volonté de maximisation du profit à court terme génère une efficacité maximale que le succès mondial des entreprises US démontre sans discussion possible . Mais le souci de l’emploi est sacrifié à celui du profit et la pression est maximale .

Dans un Etablissement public industriel et commercial , le But poursuivi qui consiste à satisfaire ensemble , des finalités socio économiques et politiques tout en faisant de la gestion du personnel une finalité à l’égal des autres , génère une efficacité plutôt médiocre .

L’hypocrisie

La meilleure manière pour de nombreux managers de ne pas avoir d’ennui consiste à ne pas dire la vérité à leur personnel par intérêt mais aussi le plus souvent , par manque de courage . Ce peut être également par ruse, pour donner une bonne image de soi .

Petit répertoire des omissions et des mensonges le plus fréquemment rencontrés

- Licencier un salarié subitement sans avoir osé lui dire pendant de nombreuses années que son travail n’était pas concluant
- Ouvrir les livres de compte quand ça va mal , les cacher quand ça va bien
- Parler la langue de bois dans les discours et les articles du journal d’entreprise
- Protester de ses bonnes intentions quand la décision désagréable est la conséquence d’actions qui y conduisaient inévitablement
- Faire le gentil en public et inciter ses subalternes à jouer les méchants en privé
- Faire un chantage permanent à la survie économique de l’entreprise pour ne pas accorder d’augmentation quand la réalité objective des comptes est bonne
- Organiser des réunions de concertation qui sont un simulacre parce que la décision est déjà arrêtée ou bien pour retarder le moment de prendre la décision .
- Prétendre qu’on ne fait pas de politique dans l’entreprise alors que des décisions de gestion s’appuient sur les orientations gouvernementales quand on y a intérêt ou les options politiques des Administrateurs majoritaires au Conseil d’Administration d’une Collectivité territoriale ( par exemple )
- Protester qu’on accorde de l’importance à la représentation salariale alors qu’on fait tout son possible pour les empêcher de jouer leur rôle , en sous main .

Les structures les plus hypocrites sont souvent celles qui affichent le plus haut et fort leur souci du social et de l’humain ….

J’ai connu le Dirigeant d’un établissement public qui, pour plaire à ses salariés, leur disait qu’il était satisfait de leur qualité d’accueil vis à vis du client et oubliait complètement de dénoncer leur incompétence coupable !
Le même avait oublié que le premier service qu’on doit à ses clients est celui de sa compétence , avant celui de son amabilité !

C’est ainsi que des structures sont habitées par des cadres et Dirigeants qui affichent un souci social fort contredit dans les fait par la médiocrité de leur management .
Officiellement , ils donnent l’apparence de se soucier de leur personnel , mais leur incapacité managériale entraîne un état de l’organisation tel qu’il rend leurs salariés insatisfaits d’avoir à travailler dans de telles conditions !

A l’inverse , des Sociétés peu soucieuses en apparence d’humanité , sont tellement bien organisées que les salariés sont heureux d’y trouver un confort de travail sans égal , même si , l’ambiance de travail , la productivité , le stress ruinent hélas le bonheur qu’ils pourraient éprouver à y travailler !
Là aussi bien entendu , il ne devrait pas y avoir à choisir entre humanité et efficacité .

Paradoxalement , l’homme est ainsi fait que l’adition des indulgences d’un management affichant une posture humaniste tire ces salariés vers la médiocrité au lieu de les élever au dessus d’eux mêmes par une posture exigeante qui n’exclut pas d’être humaine .
Qui aime bien chatie bien dit l’adage .
Et rien n’est plus vrai , avec les petits , comme avec les grands .
Par une terrible injustice vis à vis des gentils, ne se souvient on pas que de ses maîtres les plus sévères ?

La confusion du social et de l’humain qui existe dans la tête de beaucoup est une hypocrisie très commune .
Tout le monde a oublié l’ échec cuisant des systèmes qui garantissaient l’emploi à vie .
Dans ces conditions , le social libéralisme est , comme la démocratie , le plus mauvais des systèmes à l’exception de tous les Autres .
Beaucoup de salariés protégés , en France , oublient qu’ils ne doivent leur statut privilégié qu’aux Entreprises qui pour créer la richesse qui les entretient est souvent obligée de sacrifier les emplois d’autres salariés sur l’autel de la compétitivité !
L’entreprise et ses Managers n’ont pas à faire du social ( c’est le rôle de l’Etat ) , ils ont à être efficaces dans le souci du respect dû aux salariés , ce qui n’est pas la même chose .
Qu’est devenue l’Entreprise citoyenne ?
L’emploi est un droit du point de vue éthique car il préserve la dignité humaine dans notre société telle qu’elle est , c’est à dire matérialiste et consumériste ; ce ne peut être un droit du point de vue économique tant que le devoir de survie des entreprises , ou leur compétitivité , les obligera à muter en permanence !

Dans ces conditions , il est à craindre que pendant longtemps , l’emploi restera une chance pour ceux qui savent la saisir et à condition d’être nés dans le bon pays !

L’injustice, l’inégalité de traitement

Les vrais injustices sont ailleurs que sur les thèmes à la mode …
Elles sont dans les écarts de salaire que personne ne dénonce entre travailleurs manuels et employés des bureaux ( ce qui ne contribue pas à attirer les jeunes vers ces métiers ) , entre la base et les cadres .
Et ce n’est pas prêt de changer quand on voit la manière dont les Dirigeants salariés des grandes entreprises se comportent .
Le cas des Patrons propriétaires et créateurs de leur entreprise est à mon avis différent car leur salaire correspond à un vrai risque
Ils ont souvent risqué de tout perdre , ils ont réussi et crée des emplois , la rémunération qu’ils s’octroient n’est pas volée …
Leur responsabilité est réelle contrairement aux cadres supérieurs salariés bordés de tout côté , dont la signature voisine avec mille autres , et qui ne prennent jamais de vrai risque et dont les journées , quoiqu’ils disent , échappent aux affres du petit patron artisan ou commerçant , soumis à toutes les vicissitudes de l’Entrepreneur français .

Injuste aussi la différence de sévérité dont l’entreprise fait preuve entre les salariés et l’encadrement .
J’ai toujours eu un mal fou à sanctionner d’un petit blâme le moindre petit chef même quand la sécurité était en jeu .
On retrouve là la caractéristique bien française de la sacralisation du pouvoir s’appliquant même à ses détenteurs les plus modestes .

Injustes les différences de traitement entre ces millions de petits salariés . D’un côté , je vois des salariés travaillant beaucoup , mal payés souvent , mal considérés parfois , jamais défendus , risquant leur emploi tous les matins , peu diplômés en général , exposés à la précarité .
De l’autre , je vois les salariés des grandes entreprises publiques et privées , hyper protégés , travaillant moins , mieux payés , disposant d’un comité d’entreprise généreux , d’augmentations régulières de salaires , de conditions de travail confortables ou compensées par de multiples primes .

Certes , me direz vous , ils sont aussi soumis à la précarité quand l’entreprise mère
, au nom de la mondialisation , ferme leur établissement .
Mais leur sort n’est pas réglé du tout de la même manière que la vendeuse du commerce du coin . Ils partent souvent avec un chèque , celui du plan social , parfois abondé par l’Etat .. sont accompagnés par des cellules emploi pour leur reconversion , tutorés même par des ministres ( Moulinex , Air lib ) ….

Injuste aussi le fait de voir placés aux postes de commande , à leur sortie de l’école , des jeunes gens brillants , surdiplomés , mais qui ne connaissent rien de l’entreprise et de ses salariés , de préférence à des cadres moins diplômés mais plus matures , souvent plus astucieux , moins conformistes , plus courageux …moins théoriciens , plus simples , plus conviviaux .

A propos d’injustice , il me paraît important de parler de l’affectivité

Latins de tempérament , judéochrétiens de culture, beaucoup de Patrons français usent de leur affectivité à bien mauvais escient .
Ce mauvais usage qu’ils font de leur cœur , et que personne ne leur reproche jamais , bien au contraire ( c’est un homme de cœur ! ), s’avère catastrophique dans la conduite des hommes , parce que mal dosé , il obscurcit gravement leur jugement .
Et ces jugements altérés sont toujours générateurs de graves injustices .

Manifestations de ces injustices nées d’une affectivité mal contrôlée

- Embaucher quelqu’un pour faire plaisir à un parent à un ami , à son Président ou son supérieur , aux dépens d’un plus compétent inconnu .
- Embaucher quelqu’un qui vous ému au cours de l’entretien d’embauche et oublier d ‘examiner comme il se devrait le dossier de tel autre .
- Ne pas licencier un salarié qui a piqué dans la caisse parce qu’il connaît des problèmes personnels ou familiaux ou parce qu’il possède la carte de votre parti politique , ne rien passer aux autres .
- Défendre ou promouvoir un salarié parce qu’il vous fait comprendre qu’il vous aime , casser un salarié qui vous dit en face ce qu’il pense
- Choyer ceux qui vous plaisent , qui « ont l’esprit maison » et licencier ceux qui ne font pas montre de la même complaisance .
- Pardonner le laxisme pour ne « pas faire de peine » à des salariés que vous connaissez , ne rien passer aux inconnus .
- Considérer les « méritants » reconnaissants et négliger les performants critiques
- Promouvoir les cadres maison , être compréhensifs à leur égard , sanctionner durement les salariés diplômés venant d’une autre entreprise .

Et pourtant , bien dosée , l’affectivité s’avère du meilleur usage !

Pour donner à l’entreprise un climat de vie agréable et convivial
Pour faire redémarrer l’équipe le lundi matin
Pour féliciter et encourager , insuffler de l’enthousiasme , être un souffleur de braise selon l’expression d’Hervé Seyriex .
Pour accompagner dans les situations personnelles difficiles
Pour faire la fête de temps en temps
Pour pardonner aussi , mais sans naîveté , sous condition , et sans nuire aux intérêts des autres salariés ou de l’entreprise

Bref , l’affectivité est comme le stress ou le cholestérol , il y a la bonne et la mauvaise .

Le manque de courage

Dans les entreprises , comme dans la société , les vrais courageux sont rares .
Il est bien clair que ces carences de courage doivent être mesurés à l’aulne de vos responsabilités et de votre position .
On peut facilement pardonner à un salarié de la base de ne pas critiquer ouvertement l’entreprise ou un hiérarchique incompétent .
Il est beaucoup plus difficile d’admettre la servilité des cadres et même la complaisance , quoiqu’ils disent , des syndicats .
J’au toujours été frappé de voir à quel point les comités de direction comme les conseils d’administration fonctionnaient comme d’étonnantes chambres d’enregistrement .
Et tout le monde s’étonne aujourd’hui , face aux affaires ENRON , crédit Lyonnais , France télécoms , Vivendi universal , que les Dirigeants ont agi sans contrôle et sans qu’à aucun moment , les cadres supérieurs et les Administrateurs de ces sociétés n’interviennent .
Il ne faut jamais avoir travaillé en entreprise pour s’en étonner .
Oui , l’école nous apprend à être conformistes , polis et disciplinés ! A ne pas poser de question déplacée , à ne pas déplaire , à respecter l’Autorité et les diplômes .
Au delà de ces comportements sociaux , ces conduites sont aussi dictées par l’intérêt ou l’absence d’intérêt .
Les DG savent bien qu’ils n’ont pas intérêt à contrarier le Président , les cadres supérieurs , leur DG , les Cadres intermédiaires , leur chef de service etc ….
Et les Entreprises fourmillent d’exemples de cadres exclus pour ne l’avoir pas compris . On ne badine pas avec les mutins et oser quelques critiques vous donne facilement ce statut .
Les Administrateurs , souvent cooptés , n’ont que rarement l’envie de s ‘opposer à quelqu’un qu’ils connaissent , estiment , respectent ; par amitié ou par fair play .
Ceux qui n’ont pas d’intérêt personnel financier s’en fichent encore plus que les autres . ( Etablissement public , Associations etc ;; )
J’au vu le conseil d’administration d’une Association de formation décider deux mesures importantes et contradictoires à quelques semaines d’intervalle sans le moindre commentaire

Les Représentants du Personnel , même en période de crise , n’utilisent jamais les pouvoirs d’investigation que leur donne la loi . Ils préfèrent s’investir dans des questions de détail comme s ‘attacher à bien gérer les voyages organisés par le comité d’entreprise .

Et puis , là comme ailleurs , l’affectivité fait son œuvre : un DRH déguisé en gros chat patelin ( Raminagrobis ) , un Patron qui « sait jouer de la flûte » , le prestige tiré de la fréquentation du coeur du pouvoir , suffisent souvent à calmer les inquiétudes et apaiser les réticences .

Les licenciements économiques se déroulent sans que ni le conseil d’administration , ni le comité de direction , ni même , sauf exception , les syndicats , n’essaient d’investiguer pour savoir si cette mesure est bien la seule possible et si on ne peut imaginer des solutions moins définitives pour le personnel .
Dans les faits , on utilise souvent le licenciement , mesure définitive , pour franchir une difficulté temporaire …
Les inspecteurs du travail , souvent tatillons et mesquins dans les détails , n’essayent pas beaucoup , non plus , d’en savoir plus , quand il s’agit de questions économiques importantes pour lesquelles ils sont mal préparés .
L’épaisseur du dossier , sa technicité , l’importance des interlocuteurs qu’ils rencontrent , suffisent presque toujours à venir à bout de leur résistance .

Sectarisme et intolérance

Les entreprises sont des villages .
Et chacun sait que plus le village est petit , renfermé sur lui même , plus les gens se connaissent , plus ils médisent les uns des autres et plus « l’étranger » y est suspect .Je n’étonnerai personne en disant que les Entreprises familiales sont les moins ouvertes et les plus sectaires .
Installées en province , elles bénéficient d’un salariat captif et d’un faible turn over
Le Patron a du caractère , il est entreprenant , parfois génial , souvent caractériel , mais convivial , dépassé par sa réussite sociale et par son égo . Humaniste quand il est inscrit au Centre des Jeunes Dirigeants . Flambeur s’il est un ancien commercial !
Nombre de ces entreprises sont des lieux privilégiés d’intolérance et de petitesse d’esprit .

Ces entreprises sont souvent placées face au dilemme suivant : leur croissance exige de s’ouvrir en faisant appel à des compétences externes n’appartenant pas à la région
L’intégration de ces « étrangers », souvent diplômés et ignorants des mœurs de la tribu , et , plus grave , s’étonnant souvent des privilèges ou comportements extravagants de la famille du propriétaire , menacent la cohérence du système et perturbent la distribution des pouvoirs en place ,
Je connais de nombreux cas de cadres « importés » dans ces entreprises , qui , après une période de laudation forcée , de cette merveilleuse PME qui leur avait fait l’honneur de les embaucher , n’ont pu s’empêcher de cesser de jouer les courtisans et ont dû soit démissionner soit se voir contraindre à un départ forcé .

Les cadres maison , autodidactes comme le Patron , et complexés , sont , dans ces affaires , souvent , les complices objectifs du maître des lieux et de sa famille .
La seule issue pour le Patron propriétaire consiste à donner une rémunération et des avantages tellement conséquents à ces étrangers ( indispensables mais qu’il importe de museler ) qu’ils ne puissent plus retrouver d’équivalent sur le marché du travail !

Autres lieux de sectarisme important : les Entreprises de culture publique
Dans ces lieux que l’on croirait au service du public sévit un sectarisme féroce envers tout ce qui appartient de près ou de loin à l’hydre capitaliste ….
Avoir tout simplement , dans une vie antérieure , travaillé « dans le privé » vous expose à toutes les suspicions .

Les organisations patronales et leurs officines sont la réplique de droite au sectarisme de gauche des entreprises publiques .
Pas un dîner en ville , où , comme un racisme rampant , on ne vous serve quelque bon mot , souvent sous entendus , à l’endroit de « la gauche » et de ses amis syndicalistes , inspecteurs du travail , juges et même ,oh horreur , parfois patrons !
J’adore le : « il est de gauche , mais c’est un type bien » !
Et rares , mais ils existent , sont ceux qui conservent quelque dignité dans ce laisser aller de classe tout à fait primaire …
Mais là aussi , on peut comprendre , car le bal est conduit par les apparatchiks de l’appareil , et tous ceux qui vivent de toute cette hostilité et qui justifient , dans cette menace entretenue , leur emploi douillet !

Certaines entreprises , ancrées dans un chauvinisme régional déplacé , pratiquent également des recrutements privilégiant la nationalité régionale sur la compétence extra régionale
Pratique étrange à l’heure de la mondialisation ….

Le manque de sagesse
Finalement , le plus grave déficit constaté dans le management des entreprises et qui résume tout est celui le la Sagesse
Ce n’est un hasard si la sagesse était considérée comme la vertu cardinale des Rois .
Car c’est elle qui permet l ‘harmonie .
La Sagesse managériale , c’est donner à chacun la part qui lui revient
Quand un Entrepreneur ou un Patron salarié garde pour lui ou ses actionnaires plus que sa et leur part , il manque à la sagesse et rompt l’harmonie .
Quand la fonction publique refuse de reconsidérer ses avantages et prélève plus que sa part à la richesse nationale , elle rompt l ‘harmonie sociale .
Quand le petit Patron commerçant paye au Smic son employée , alléguant je ne sais quel motif pour ne pas l’augmenter , et accroît en même temps son train de vie , il prélève plus que sa part , manque de sagesse et rompt l’harmonie entre lui et son employée .
Quand un comité d’entreprise consacre l’essentiel de son budget aux voyages et réserve la portion congrue aux vrais cas de détresse sociale, il manque de sagesse et rompt l’harmonie sociale .
Le manque de sagesse c’est le « toujours plus » pour moi , alors que je vis déjà bien et « toujours trop » pour les autres , qui vivent souvent modestement .
La voie de la sagesse est forcément celle de l’équilibre : dès que quelqu’un , individu ou groupe humain ou organisation , prend , demande ou exige plus que sa part, il repousse un peu plus loin le point où s’établit l’harmonie sociale et l’ordre qui en est la conséquence .

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