Archive pour mars 2008

Sommaire des éditoriaux, au 18 Avril 2008

Mercredi 19 mars 2008

19 - Footballers et managers, même culture ?
18 - Manager et honnête homme ?
17 - Une réforme avortée est une évolution
16 - Le pouvoir et les femmes, cadres managers en entreprise
15 - Pour être un grand chef, il faut devenir petit !
14 - Le pouvoir et les femmes, cadres en entreprise
13 - Petite histoire de la clé universelle en management
12 - Violence et efficacité
11 - De l’importance d’avoir du style !
10 - Le stress au travail est il d’origine managériale ?
9 - UIMM, force d’action rapide des patrons métallos
8 - Qu’est ce qui a changé dans l’entreprise depuis Mai 68 ?
7 - Nouveau patron à la SNCF : l’adoubement syndical
6 - Les quinquas, plus à la mode , tout simplement !
5 - Les ” vraies” raisons pour lesquelles vous n’avez pas été embauché
4 - Management : le contre exemple gouvernemental
3 - France : mobilité bloquée
2 - Service public / fonction publique : forcément associés ?
1-Il faut réapprendre à respecter le contrat !
11 -Vous avez dit professionnalisme ?
12 - Ethique et management : Encore beaucoup d’efforts !
13 - Le dépérissement de l’entretien d’évaluation

Le stress au travail est il d’origine managériale ?

Mercredi 19 mars 2008

Les méfaits du stress en entreprise sont d’actualité
Une série de suicides au technocentre de Renault a fait remonter le problème à la surface et conduit les médias à s’en emparer
Mais, attention, le lien stress - suicide reste à démontrer compte tenu de la multiplicité des causes qui peut conduire quelqu’un au pire et les syndicats ont tort de choisir les raccourcis trop commodes
PSA a également tort de de se réjouir que seulement 19,8% de ses salariés soient hyper stressés contre 28% pour la moyenne des salariés européens ( Les Echos du 12/03/ 008 )
Parce que 20%, c’est déjà un chiffre énorme.
Ce qui est sûr, c’est que le salarié français ne vit pas son entreprise en 2008 comme il la vivait en 1970

5 raisons expliquent, à mon avis, que le stress soit devenu un vrai sujet de préoccupation :

La première tient à la nature des français, elle a changé : les ruraux habitués au travail dur et aux conditions de travail sommaires, qui avaient rejoint les usines, se sont mués en urbains élevés par des parents sur- protecteurs , soucieux du moindre bobo.
Ajoutez à celà une sur consommation de psychotropes et vous avez une population fébrile et nerveuse, mal armée pour supporter les coups durs de la vie.

La deuxième raison tient à la modification de la gouvernance des entreprises françaises
le licenciement, d’exceptionnel, est devenu un mode normal de management. Les patrons français se sont alignés sur les comportements de leurs collègues anglosaxons, aidés par des fonds communs de placement, qui possèdent 40% des entreprises du CAC 40.
Mais, à leur différence, ils licencient définitivement et pas seulement pour aider à passer une mauvaise passe. Une précarité structurelle a envahi les esprits de tous, y compris des cadres et des dirigeants.

La troisième raison tient à l’instauration de méthodes de travail et procédures de plus en plus rigides et normatives : ce sont les procédures qualité dont l’approche bureaucratique a installé beaucoup d’agacements et tué autant d’enthousiasme et d’esprit d’initiative, c’est le rouleau compresseur de logiciels de plus en plus intégrateurs, ce sont les procédures achat soumises au contesté effet de taille, ce sont surtout les procédures RH avec l’arrivée des entretiens d’évaluation, des objectifs , des coachs. Ce sont les reportings en tout genre, les tableaux de bord et de suivi redondants.
C’est le contrôle interne, les contrôleurs de gestion, les enquêtes diverses et variées…..créant autant d’occasions d’inquiétudes.

La quatrième raison tient au changement de style des managers : Des managers, diplômés et souvent jeunes, rompus aux méthodes quantitatives de gestion, ont remplacé toute une génération de ” chefs” pas toujours faciles, mais autodidactes souvent, au coeur tendre, pratiquant un accompagnement humain personnalisé, même si on pouvait le taxer de paternaliste.

Un management “froid” a remplacé le management ” chaud” qui sied beaucoup mieux aux latins.

Les fêtes d’entreprise et moments spontanés de convivialité se sont faits beaucoup plus rares et n’ont pas été remplacés par les coûteuses conventions d’entreprise et opérations de sponsoring en tout genre, fort dispendieuses, mais laissant froid le personnel d’exécution.

La cinquième raison tient à une gestion calamiteuse du temps, entraînée par les tyrans de l’instant que sont devenus les mobiles, messageries électroniques, et autres intranet ….
Ajoutés à la spécificité française de la multiplication des réunions et des horaires de travail extensifs des cadres, ces nouveaux outils, censés faciliter la vie au bureau, ont enfermé chacun dans une bulle faite de milliers de bribes d’informations, de mini messages, de mini consignes, truffant la tête d’autants d’éclats de travail, empêchant une vue d’ensemble cohérente de son action.

Paradoxalement, un certain niveau de stress est indispensable pour nous garder vigilants et même au mieux de notre forme !

Le problème est que personne ne réagit de la même manière à la même dose de stress
C’est la raison pour laquelle les mondes stables vivent plus douloureusement que d’autres l’arrivée de ces transformations dans l’organisation du travail : Organismes publics en voie de privatisation, PME rachetées par des groupes anglo saxons etc…
Les individus, en fonction de leur histoire personnelle, ne réagissent pas non plus de la même manière aux changements affectant leur vie.
Poilus de 14, Soldats US au vietnam ou en Irak, salariés en situation de fort changement, sont inégaux face à ces traumatismes que leur présente la vie

Que pouvons nous faire ?
Les parents doivent d’abord élever leurs enfants à appréhender la souffrance, plus et mieux qu’ils ne le font, au lieu de dépenser toute leur énergie à multiplier de profonds lits douillets de tranquillité.
Ensuite, les managers doivent considérer la relativité des ratios financiers face au sens de notre court passage sur terre : qu’ils se rappellent avec modestie que demain, peut être ils seront morts,et que ce ratio trimestriel si mauvais ce mois ci, est moins qu’une brindille..
Les managers doivent aussi réapprendre un sentiment qui, hélas, a souvent déserté les entreprises : la compassion.
Enfin dirigeants et DRH doivent se rendre à l’évidence que le plaisir au travail, et l’enthousiasme qui l’accompagne, est, bien plus que beaucoup d’autres outils de gestion et de mesure , le principal carburant des salariés de leur entreprise.

UIMM : La force d’action rapide des patrons métallos

Mercredi 5 mars 2008

Dans les années 90, j’ai souvent eu l’occasion de me rendre au siège de l’UIMM, Avenue de Wagram.
Mon impression, en entrant dans cet immeuble - bunker était étrange : coincé quelques secondes dans le sas de l’entrée, je me sentais déjà suspect, prêt à m’accuser de je ne sais quel crime anti patronal…
Les journées se passaient en sous sol dans de vastes salles de réunion sans fenêtres ..

Se croisaient là des techniciens divers et variés, salariés de l’UIMM, les secrétaires généraux de l’UIMM en province venus gober l’épître du jour, quelques apparatchiks, plus ou moins compétents et souvent meurtris, récupérés par l’appareil pour avoir peut être mené une guerrilla justifiant une exfiltration sécuritaire
Avec un peu de chance on pouvait croiser un ou deux grands personnages, grands maîtres imosant le respect, au sourire énigmatique et lisse, veillant de manière sourcilleuse à la pureté du respect de la ligne idéologique
Seulement de passage, de grands chefs d’entreprise, élus pour un temps, à la tête du conseil.

Impression étrange que celle rendue par cette bâtisse forte où l’on n’aurait pas été surpris de croiser quelques figures d’Au nom de la rose !

Plus prosaïquement, l’UIMM peut se résumer en 3 choses : une spendide machine juridique, un efficace groupe de pression, une machine idéologique.

Le service en droit social de l’UIMM est sans égal : Les nombreux juristes de qualité salariés par l’UIMM répondent journellement aux multiples sollicitations des entreprises adhérentes avec une précision et une fiabilité que doivent lui envier bien des cabinets spécialisés
Et si un litige malencontreux, d’aventure, vous fait vous affronter avec eux, il ne vous restera qu’à aller faire brûler un cierge

l’UIMM est un lobby politique puissant : Un vague projet de texte de loi social vient il à peine d’effleurer l’esprit d’un conseiller de Matignon ou d’un ministère, pouvant contrecarrer les intérêts des adhérents de l’UIMM, que se met en branle une force d’action rapide : il s’agit de se procurer en un temps record la première mouture, d’en lister tous les points dangereux, d’imaginer leur contournement, de coacher les négociateurs patronaux afin de se battre pied à pied au sein des groupes de travail paritaires syndicaux.
Si le texte présenté au parlement n’a pu être suffisamment édulcoré, mobiliser quelques dizaines de députés en un temps record est tout à fait à la portée de l’UIMM .
Il restera encore un travail de lobbying intéressant à produire lors de la rédaction des décrets d’application.
Enfin, les premières décisions de justice permettront de grapiller encore un peu d’un dessein originel qui avait oser contrecarrer les intérêts du puissant syndicat patronal, qui se confondent avec celui de l’économie nationale , comme chacun sait.

Enfin, l’UIMM est une machine idéologique : Pour elle, le rideau de fer et le mur de Berlin ne sont pas tombés.
C’est toujours la guerre. Car seule la guerre justifie que soit maintenue en bon état de marche une telle machine de guerre.
Il faut se méfier de tout et de tous : des élections, des politiques, des étudiants, du MEDEF, des cabinets ministériels, des journalistes, des autres syndicats ….

L’UIMM est la réplique adaptée au positionnement d’un syndicat comme Sud . Les deux organisations sont construites sur la même base de méfiance à l’égard de tout ce qui s’écarte de leurs dogmes économiques, philosophiques et idéologiques.

Les relations avec le MEDEF n’ont jamais été bonnes parce que le MEDEF est accusé de mettre trop d’eau dans son vin idéologique et de pactiser trop facilement avec patrons sociaux, gouvernements de gauche et syndicats réformateurs.
N’oublions pas que Me Parizot a été élue contre les voix de l’UIMM.

L’UIMM, outil idéologique, est complètement décalée dans le paysage du troisième millénaire; Son horloge est restée bloquée à la naissance des premières luttes ouvrières et des premiers mouvements révolutionnaires ouvriers.

Aussi, les derniers évènements ne m’ont ils pas du tout surpris. Pour faire la guerre, il faut des soldats et de la solde, des indicateurs, des opposants à neutraliser, des amis à conforter, ou à indemniser, au nom de causes supérieures.